Covid-19, perte du goût et de l’odorat : comment expliquer ce phénomène ?

Article Par Ramsay Santé, le

En plus de ses symptômes nombreux, la Covid peut faire perdre le goût et l'odorat. Une rééducation des sens est donc recommandée pour retrouver, à terme, ses capacités olfactives.

Covid-19, perte du goût et de l’odorat : comment expliquer ce phénomène ?

Si des maladies communes comme la grippe ou la gastro-entérite se manifestent généralement de la même manière chez toutes les personnes qui les contractent, il en est tout autrement avec la Covid-19. Certains patients se retrouvent positifs au coronavirus mais ne présentent aucun symptôme et d’autres en perdent brusquement le goût et l’odorat durant plusieurs semaines. Pourquoi ces disparités et existe-t-il des solutions pour s’en prémunir ?

Le Dr Thomas Georgel est oto-rhino-laryngologiste (ORL) à la Polyclinique du Beaujolais, établissement Ramsay Santé situé à Arnas (Auvergne-Rhône-Alpes). Dès le mois de mars, avec ses confrères spécialistes, il fut l’un des premiers à alerter quant au singulier symptôme de perte du goût et de l’odorat (anosmie) que provoque la Covid. Il revient sur ce phénomène.

Pourquoi la Covid fait-elle perdre le goût et l’odorat ?

Dr Thomas Georgel : 95 % du goût que l’on ressent est lié à l’odorat. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la langue ne permet de détecter que les saveurs (sucré, salé, acide, amer). Le goût des aliments est en réalité révélé par le mécanisme de rétro-olfaction[1].

Dans le cas d’une contamination à la Covid, il peut se créer une inflammation au niveau des cellules olfactives. Ces dernières sont produites dans l'épithélium olfactif, une muqueuse située tout en haut des fosses nasales et qui a pour fonction principale de détecter des molécules odorantes dans l’air. Cette inflammation va entraîner une destruction des cellules, les vaisseaux qui les alimentent étant également touchés. Le phénomène est très brutal mais indolore.

Pourquoi le retour du goût et de l’odorat varie d’une personne à une autre ?

Dr Thomas Georgel : Parmi les patients touchés par la Covid, il y a différents types d’atteintes. Certains vont avoir de forts symptômes digestifs, d’autres des symptômes pulmonaires ou, dans le cas présent, vont perdre le goût et l’odorat. Dans ce dernier cas de figure, certaines personnes pourront être touchées durant plusieurs semaines et d’autres plusieurs mois.

Dans tous les cas, c’est un phénomène aléatoire et il n’y a pas de profils de patients plus sensibles que d’autres à tel ou tel symptôme. Il en va de même avec le rétablissement de ces sens, qui se fera très progressivement.

Peut-on aider son corps à les retrouver ?

Dr Thomas Georgel : Oui, il est tout à fait possible d’aider son corps à retrouver le goût et l’odorat. On appelle cela « rééduquer » ses sens. Pour cela, je recommande à mes patients d’acheter ou de se confectionner un coffret de senteurs, comme en œnologie, afin de réapprendre à identifier et sentir les différentes odeurs. Grâce à cela, on va remettre en marche progressivement le système de l’odorat.

On peut réaliser ces exercices même avant de ressentir une amélioration de l’odorat. Il est cependant à noter que, durant la phase de recouvrement de l’odorat, le patient pourra déclencher une parosmie : il s’agit d’une sorte de distorsion des odeurs. Une odeur d’ordinaire plutôt agréable pourra lui sembler totalement âpre. Dans le cas de la Covid, c’est un phénomène que l’on ne peut pas encore expliquer et ce type d’anosmie est habituellement très rare.

Cette perte peut-elle être irréversible ?

Dr Thomas Georgel : Pour aider davantage encore le patient à retrouver le goût et l’odorat, nous pouvons aussi lui prescrire des corticoïdes en suspension nasale. Mais malheureusement, il arrive aussi que certains patients ne retrouvent pas ces sens. Des études révèlent que 8 % des patients touchés par la Covid durant la première vague n’ont toujours pas retrouvé le goût ni l’odorat. Cela fait partie des zones d’ombre que nous cherchons encore à éclaircir. Cependant, pour tous ces patients, nous réalisons des examens complémentaires tels que des IRM afin d’écarter toute autre pathologie rhinosinusienne.

 

 

[1] Mécanisme physiologique permettant de percevoir à partir du système olfactif les caractéristiques aromatiques des aliments présents dans la bouche.

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